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Citations sur l’histoire

Raymond Aron (1905-1983)
Les hommes font leur histoire, même s’ils ne savent pas l’histoire qu’ils font

Thucydide (env. 460-395)
Voir clair dans les événements passés et dans ceux qui, à l’avenir, du fait qu’ils mettront en jeu eux aussi des hommes, présenteront des similitudes ou des analogies.
La guerre du Péloponnèse
Ibn Khaldun (1332-1406)
Il faut toujours en revenir aux sources (usûl) et s’en remettre à soi-même. Un esprit clair et un bon sens bien droit doivent distinguer, naturellement, entre le possible et l’impossible … (Et) il s’agit, pour loi, de la possibilité inhérente à la matière d’une chose donnée.
Discours sur l’Histoire universelle – Al-Muqaddima
 
Rousseau (1712-1778)
Thucydide est à mon gré le vrai modèle des historiens.
Il rapporte les faits sans les juger, mais il n’omet aucune des circonstances propres à nous en faire juger nous-mêmes. Il met tout ce qu’il raconte sous les yeux du lecteur; loin de s’interposer entre les événements et les lecteurs, il se dérobe; on ne croit plus lire, on croit voir.

L’Emile, Livre, IV. (1762)
 
Alexis de Tocqueville (1805-1859)
L’Histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies.
 
Ernest Renan (1823-1892)
Le talent de l’historien consiste à faire un ensemble vrai avec des traits qui ne sont vrais qu’à demi.
 
  Charles Seignobos (1854-1942)
(…) L’homme instruit par l’histoire sait que la société peut être transformée par l’opinion, que l’opinion ne se modifiera pas toute seule et qu’un seul individu est impuissant à la changer. Mais il sait que plusieurs hommes, opérant ensemble dans le même sens, peuvent modifier l’opinion. Cette connaissance lui donne le sentiment de son pouvoir, la conscience de son devoir et la règle de son activité, qui est d’aider à la transformation de la société dans le sens qu’il regarde comme le plus avantageux. Elle lui enseigne le procédé le plus efficace, qui est de s’entendre avec d’autres hommes animés des mêmes intentions pour travailler de concert à transformer l’opinion.
L’enseignement de l’histoire comme instrument d’éducation politique
 
Emile Zola
Au cours des siècles, l’histoire des peuples n’est qu’une leçon de mutuelle tolérance, si bien que le rêve final sera de les ramener tous à l’universelle fraternité, de les noyer tous dans une commune tendresse, pour les sauver tous le plus possible de la commune douleur. Et, de notre temps, se haïr et se mordre, parce qu’on n’a pas le crâne absolument construit de même, commence à être la plus monstrueuse des folies.
 
Jean Jaurès (1859-1914)
L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. L ‘histoire humaine n’est qu’un effort incessant d’invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création.
Discours à la jeunesse
 
Nietzsche (1844-1900)
L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue.
 
Paul Valéry (1871-1945)
L’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellectuel ait élaboré. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. L’histoire justifie ce que l’on veut, n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient des exemples de tout et donne des exemples de tout.
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Chronologie :

Dès 1830, le territoire algérien est occupé par des troupes françaises. En 1947, l’Algérie devient un département français, doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière, avec une assemblée algérienne chargée de gérer, en accord avec le gouverneur général, les intérêts propres de l’Algérie. | 1954 | 1955 | 1956 | 1957 | 1958 | 1959 | 1960 | 1961 | 1962 |

1954
1er novembre
: proclamation du Front de libération nationale (FLN) qui fixe les objectifs de la lutte armée pour l’indépendance nationale par la restauration de l’Etat algérien souverain. Une vague d’attentats contre les Français en Algérie marque le début de la guerre.
5 novembre: le gouvernement français envoie des renforts militaires en Algérie.
24 novembre: François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, prône le recours à la force.
Décembre: création du Mouvement nationaliste algérien (MNA) de Messali Hadj. Les membres du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) sont arrêtés.

1955
26 janvier
: Jacques Soustelle est nommé gouverneur général d’Algérie.
31 mars: l’état d’urgence est proclamé dans les Aurès et la Grande Kabilie et la censure est instaurée.
18-24 avril: le FLN participe à la conférence du Tiers-monde à Bandoeng. La conférence exprime sa solidarité avec l’Algérie combattante.
16 mai: les effectifs de l’armée française en Algérie sont portés à 100 000 hommes. L’Assemblée générale de l’ONU vote l’inscription de l’affaire algérienne à l’ordre du jour.
20 août: massacres dans le Philippevillois. Le soulèvement de musulmans est sévèrement réprimé, faisant une centaine de morts. 30 août: en raison de l’extension de la rébellion armée, l’état d’urgence est proclamé dans l’ensemble de l’Algérie.
11 septembre: à Paris, première manifestation des appelés du contingent qui refusent de partir en Algérie.
Septembre: inscription de la question algérienne à la 10e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Grève des commerçants à Alger à la veille de l’ouverture de la session de l’ONU.
Novembre: création des SAS, Sections administratives spécialisées.
29 décembre: L’Express reproduit des photographies de l’exécution illégale d’un rebelle algérien par un gendarme auxiliaire français, en août 1955.top

1956
20 janvier
: manifestations violentes à Tlemcen.
2 février: Jacques Soustelle est remplacé par Robert Lacoste.
6 février: Guy Mollet, président du Conseil, est accueilli à Alger par des manifestations d’hostilité des Européens d’Algérie. Il déclare que « la France doit rester en Algérie et elle y restera ».
9 mars: manifestations d’Algériens à Paris contre le vote des pouvoirs spéciaux.
11 mars: l’Assemblée nationale vote les pouvoirs spéciaux au gouvernement Guy Mollet.
11 avril: le service militaire est porté à 27 mois, 70 000 « disponibles » du contingent de 1953 sont rappelés.
19 mai: l’Union générale des étudiants musulmans d’Algérie (UGEMA) lance un mot d’ordre de grève pour une durée illimitée, et invite les étudiants et les intellectuels à rejoindre le FLN et l’Armée de libération nationale (ALN).
22 avril: Pierre Mendès France, ministre d’Etat sans portefeuille, en désaccord avec la politique algérienne du gouvernement, démissionne.
18 mai: en Algérie, 19 appelés français, arrivés depuis seulement une semaine, sont massacrés.
5 juillet: grève générale des Algériens en France et dans le département d’Alger.
20 août: le congrès du FLN à la Soummam (Kabylie) définit les buts de guerre, fixe les conditions du cessez-le-feu, des négociations de paix et nomme le FLN comme seul et unique représentant du peuple algérien.
Septembre: les effectifs militaires sont portés à 600 000 hommes en Algérie.
22 octobre: détournement par les autorités françaises du DC-3 de Royal Air Maroc transportant plusieurs dirigeants du FLN de Rabat à Tunis: Ben Bella, Aït Ahmed, Boudiaf, Khider et Lacheraf sont faits prisonniers. En représailles, plusieurs dizaines de Français sont tués à Meknès (Maroc).
1er novembre: à l’occasion du deuxième anniversaire du déclenchement de la lutte armée, grève générale massivement suivie dans l’Algérois. Recrudescence du terrorisme en Algérie. Les premiers attentats à la bombe sont perpétrés à Alger par le FLN. En représailles, les civils français procèdent à des ratonnades dans Alger.
2 – 5 novembre: expédition de Suez. La France et la Grande-Bretagne attaquent l’Egypte, bombardent ses aéroports et les installations du canal de Suez après l’attaque de l’Egypte par Israël. 15 novembre: l’ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
1er – 14 décembre: le général Raoul Salan est nommé commandant en chef en Algérie.
5 décembre: le gouvernement français dissout les conseils généraux et les municipalités en Algérie.
27 décembre: assassinat d’Amédée Froger, président de l’association des maires d’Algérie.top

1957
7 janvier
: la 10e division de parachutistes du général Massu est chargée du maintien de l’ordre à Alger. Début de la bataille d’Alger. Janvier/février: recrudescence d’attentats à la bombe contre des civils et des militaires à Alger. Plus de 30 morts et une centaine de blessés.
Fin février: de nombreux dirigeants du FLN sont arrêtés.
26 février: le quotidien L’Humanité publie la lettre d’un soldat français qui dénonce l’utilisation de la torture par l’armée française en Algérie. Un mois plus tard, le général Jacques de La Bollardière demandera à être relevé de son commandement en Algérie pour protester contre la torture.
Mars: Larbi Ben M’hidi, à l’origine de la création du FLN, est assassiné par les parachutistes du colonel Bigeard après avoir été torturé.
13 avril: Djamila Bouhired, accusée d’avoir posé une bombe dans un café près de l’Université d’Alger, est arrêtée. Torturée, elle signe les aveux demandés. Son avocate, Gisèle Halimi, ameute les milieux intellectuels français: Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, etc.
28 mai: massacre de la population civile du douar Melouza par le FLN: 301 morts et 14 blessés.
11 juin: arrestation de Maurice Audin, assistant de la faculté des sciences d’Alger.
20 septembre: l’ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
29 novembre: l’Assemblée nationale vote la loi-cadre et la loi électorale de l’Algérie.
Décembre: violents combats dans l’Est Constantinois. Assassinat de Abane Ramdane, principal organisateur du Congrès de la Soummam.

1958
Janvier – mai
: bataille du barrage de l’est-Constantinois.
7 janvier: début de l’exploitation du pétrole saharien.
7 février: un avion de chasse est mitraillé depuis Sakh.
8 février: le groupement aérien de Constantine décide, avec l’accord du général Salan mais sans que le gouvernement français soit averti, le bombardement de Sakhiet-Sidi-Youssef: 70 morts dont 21 enfants d’une école.
15 avril: démission du gouvernement Gaillard. Crise ministérielle en France.
26 avril: manifestations à Alger en faveur de l’Algérie française : 30 000 Algérois demandent un Gouvernement de salut public après la chute du gouvernement Gaillard.
9 mai: après l’annonce par le FLN de l’exécution de 3 prisonniers militaires français, vive indignation et nombreuses manifestations à Paris et à Alger.
13 mai: prise du gouvernement général par les Européens à Alger. Un Comité de salut public est créé sous la présidence du général Massu et on fait appel au général de Gaulle.
14 mai : « Vive de Gaulle » lancé par Salan à Alger. De Gaulle se déclare prêt à assumer les pouvoirs de la République.
28 mai: grande manifestation pour la défense de la République à Paris, de la place de la Nation à la place de la République.
1er juin: l’Assemblée nationale investit de Gaulle par 339 voix contre 224.
4 juin: dans un discours à Alger, de Gaulle déclare aux européens « Je vous ai compris ».
19 septembre: formation du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Ferhat Abbas est le premier président du GPR.
28 septembre: la nouvelle Constitution est approuvée par référendum (79% de oui en métropole, 95% en Algérie). Naissance de la Ve république le 5 octobre.
3 octobre: De Gaulle annonce à Constantine un plan de développement en 5 ans pour l’Algérie.
23 octobre: dans une conférence de presse, de Gaulle propose au F.L.N. la paix des braves.
19 décembre: le général Challe et Paul Delouvrier reprennent les fonctions du général Salan.
21 décembre: De Gaulle est élu président de la République.top

1959
30 janvier
: De Gaulle renouvelle l’offre de paix en Algérie.
6 février: début du plan Challe, basé sur le principe de la pacification, en Oranie.
18 avril: le journal Le Monde divulgue le rapport accablant qu’a présenté Michel Rocard, jeune énarque socialiste, sur les camps de regroupement organisés par l’armée française en Algérie. Michel Debré, alors Premier ministre, dénonce une campagne de dénigrement téléguidée par le parti communiste.
5-12 juillet: opérations « étincelles » dans le Hodna.
Fin juillet: début des opérations « Jumelles » en Grande Kabylie.
27-31 août: première tournée des popotes de de Gaulle en Algérie: « Moi vivant, jamais le drapeau du FLN ne flottera sur l’Algérie ».
Début septembre: début des opérations « Pierres précieuses » en Petite Kabylie
16 septembre: De Gaulle proclame le droit des Algériens à l’autodétermination par référendum, propose sécession, francisation, association.
28 septembre: refus du GPRA qui exige l’indépendance totale avant toute discussion.
10 novembre: appel de de Gaulle au cessez-le-feu.
28 novembre: Ben Bella et les dirigeants arrêtés en 1956 sont désignés comme négociateurs par le FLN

1960
19 janvier
: le général Massu est muté en métropole pour avoir critiqué la politique du général de Gaulle.
24 janvier: début de la semaine des barricades à Alger. 22 morts, 150 blessés le premier jour.
13 février: explosion de la première bombe atomique française au Sahara
3 – 5 mars: deuxième tournée des « popotes »: de Gaulle en Algérie insiste sur la nécessité d’une victoire complète et le droit de la France à rester en Algérie, mais parle d’une « Algérie algérienne liée à la France ». Il renouvelle l’offre de négociations.
30 mars: le général Challe est démis de ses fonctions de commandant en chef en Algérie.
9 juin: rencontre entre de Gaulle et Si Salah à l’Elysée.
25/29 juin: entretiens de Melun avec les émissaires du GPRA. Echec des négociations quand le GPRA se rend compte qu’il s’agit de négocier le cessez-le-feu.
5 septembre: discours de De Gaulle, « L’Algérie algérienne est en route ». Procès à Paris des membres du « réseau Jeanson » de soutien au FLN. Jean-Paul Sartre envoie une lettre au tribunal.
6 septembre: publication du « Manifeste des 121″ sur le droit à l’insoumission en Algérie.
Octobre: rafles d’Algériens à Paris et en banlieue
22 novembre: création d’un poste de ministre d’Etat des affaires algériennes, confié à Louis Joxe
23 novembre: départ de Paul Delouvrier, remplacé par Jean Morin, comme délégué général du gouvernement en Algérie.
9/12 décembre: dernier voyage de De Gaulle en Algérie. Manifestations populaires violentes à Alger, pour le soutien au FLN et au GPRA, et l’indépendance de l’Algérie.
20 décembre: les Nations unies reconnaissent à l’Algérie le droit à l’autodétermination.top

1961
8 janvier
: les Français se prononcent par référendum, à 75% pour le droit à l’autodétermination du peuple algérien.
Fin janvier: création de l’Organisation armée secrète (OAS) rassemblant des activistes européens contre l’indépendance de l’Algérie.
20 février: rencontre entre Georges Pompidou et le FLN en Suisse
26 avril: échec du putsch des généraux à Alger. Dans la nuit du 21 au 22 avril, les généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan avaient tenté de s’emparer du pouvoir. De Gaulle assume les pleins pouvoirs aux termes de l’article 16 de la Constitution.
20 mai/13 juin: premiers entretiens d’Evian.
14 juillet: recrudescence des attentats de l’OAS.
20 juillet: nouveaux entretiens entre la France et le FLN au château de Lugrin. Ajournement à cause du Sahara.
5 août: première émission pirate de l’OAS à Alger. Salan dirige l’OAS.
Août/septembre: nombreux attentats du FLN et de l’OAS en Algérie.
5 septembre: De Gaulle admet qu’une Algérie indépendante et associée à la France aura vocation à réclamer le Sahara.
6 octobre: instauration d’un couvre-feu à Paris et en région parisienne pour les seuls Algériens, de 20h30 à 5h30 du matin, avec fermeture à 19 heures des débits de boissons tenus et fréquentés par les Algériens.
17 octobre: manifestations pacifiques de plusieurs dizaines de milliers d’Algériens dans les rues de Paris. La répression est brutale: des dizaines de morts, des centaines de blessés et plus de 10’000 arrestations. Des corps sont jetés dans la Seine.
Automne: attentats de l’OAS en Algérie. Arrivée à Alger des brigades spéciales anti-OAS, les « barbouzes ».
19 décembre: la CGT, la CFDT, l’UNEF, le PSU et le PCF organisent en France des manifestations en faveur de la négociation avec l’Algérie et contre l’OAS, qui a procédé ces derniers mois à de nombreux attentats et assassinats d’officiers, de commissaires et de juges de la métropole.

1962
Janvier
: attentats à Alger et en métropole commis par l’OAS et les anti-OAS.
8 février: manifestation, à l’appel des syndicats et de partis politiques, contre les exactions de l’OAS et pour la paix en Algérie. Violente réaction policière: 8 morts et plus de cent blessés au métro Charonne.
18 février: pourparlers des Rousses (Jura).
7 mars: ouvertures des négociations d’Evian.
16 mars: signature des accords d’Evian. Ils comprennent un accord de cessez-le-feu applicable le 19 mars à 12 h et des déclarations publiées par les 2 parties: la version française mentionne des pourparlers avec le FLN, la version algérienne avec le GPRA. Il ne s’agissait pas d’un traité entre deux Etats, mais d’un programme commun proposé à la ratification par référendum (le 8 avril 1962 en France et le 1er juillet 1962 en Algérie).
19 mars: annonce officielle du cessez-le-feu en Algérie.
23 mars: insurrection et siège de Bab-el-Oued.
26 mars: à Alger, les troupes françaises ouvrent le feu sur une foule d’Européens qui manifestent contre les accords d’Evian: 46 morts et 200 blessés.
8 avril: référendum en métropole: 90,7% des voix approuvent les accords d’Evian.
25 mai: réunion du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) à Tripoli 1er juillet : référendum d’autodétermination en Algérie. L’indépendance est approuvée par 99,72% des voix.
3 juillet: De Gaulle reconnaît l’indépendance de l’Algérie.
5 juillet: proclamation de l’indépendance nationale. Bilan de la guerre: de 300’000 à 500 ou 600’000 morts selon les sources.

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Torture: ce que j’ai vu en Algérie

Les vrais auteurs du crime, c’était les politiques
Par Jacques Julliard

Si nous voulons empêcher le retour de cette honte, il faut la regarder en face. Il ne faut pas que les fils retrouvent un jour l’horreur sur leur chemin parce que leurs pères auront menti.

Ma première rencontre avec la torture au cours de la guerre d’Algérie fut en quelque sorte pédagogique. J’étais alors élève officier à l’école militaire de Cherchell, au titre de l’instruction militaire obligatoire (IMO) qui obligeait les élèves des grandes écoles – pour moi, l’Ecole normale supérieure – à faire leur service comme aspirants officiers, puis comme sous-lieutenants. En février 1960, nous fûmes envoyés à Arzew, petite ville côtière à l’est d’Oran, pour un stage de formation à la guérilla, au tir instinctif, aux actions commando.

C’est durant un cours sur le renseignement que l’incroyable se produisit et que l’innommable fut nommé. L’officier instructeur, un capitaine dans mon souvenir, se lança tout bonnement dans une leçon sur la torture devant quelque 150 élèves officiers médusés. Il y fallait un local discret, en sous-sol de préférence, propre à étouffer les bruits. L’équipement pouvait être sommaire : un générateur de campagne couramment appelé « gégène », l’eau courante, quelques solides gourdins. Cela suffisait. Il s’adressait à des garçons intelligents, ils comprendraient…

A la sortie, des groupes se formèrent. Nous avions beau être sans illusions, c’était trop, un pas supplémentaire venait d’être franchi. Je fis partie de la délégation qui demanda à être reçue par le colonel commandant le camp. Nous lui fîmes part de notre indignation : de telles instructions étaient contraires au code militaire et à l’honneur. Je me rappelle avoir ajouté que nous envisagions une lettre au « Monde », pour faire connaître l’incident. La lettre au « Monde » était alors une arme absolue.

Le colonel nous déclara immédiatement qu’il s’agissait d’un regrettable débordement, d’une initiative personnelle de l’instructeur. Le jour même, il réunit tous les élèves pour faire une mise au point qui prit la forme d’un désaveu et même d’excuses. De telles paroles étaient en effet contraires au code militaire et ne se renouvelleraient pas. Nous restâmes sceptiques sur ce dernier point mais c’était une victoire psychologique, y compris sur ceux parmi nous qui ne réprouvaient pas le capitaine, au nom de l’éternel argument qui veut que l’on ne fasse pas d’omelette sans casser des oeufs. Les oeufs étaient des hommes et, surtout, pour quelle omelette ?

Les discussions se poursuivirent les jours suivants, notamment avec le lieutenant qui dirigeait notre section depuis Cherchell. Beaucoup d’autorité et de stature, de la culture, le visage et le corps couturés de cicatrices reçues au combat, il jouissait chez nous d’un grand prestige. Ce baroudeur, qui était aussi un chrétien convaincu, nous déclara qu’il n’avait jamais pratiqué la torture, ne la pratiquerait jamais, et que l’on pouvait faire cette guerre sans se déshonorer. J’ai plaisir à citer le nom de cet officier qui est resté mon ami, et qui devait ensuite commander les forces de l’ONU au Liban, où il fut de nouveau blessé : c’est le général Jean Salvan. Les noms des autres, je les ai oubliés.top


    « L’histoire montre que la torture a existé
    avant le terrorisme et est inefficace


     

Ma seconde rencontre avec la torture fut infiniment plus dramatique. A quelques semaines de là, je rejoignis l’unité à laquelle j’étais affecté sur un piton éloigné de tout, dans la montagne kabyle. A l’issue du repas d’accueil, au cours duquel se déroulèrent les blagues habituelles en pareille circonstance (inversion des grades entre le capitaine et son ordonnance, incidents factices, récits effrayants de la guerre), on me demanda en guise de dessert si, comme dans  » les Plaideurs « , je ne voulais pas  » voir donner la question « . On interrogeait une vieille femme soupçonnée d’en savoir long. Je refusai avec horreur.  » Dommage, me répondit le capitaine, je pensais à vous comme officier de renseignement !  » Le soir, je rejoignis ma chambre, une soupente dans une mechta kabyle, à laquelle on accédait par une échelle. Au pied de celle-ci, il n’y avait pas d’électricité bien sûr, je trébuchai sur une masse informe. C’était, enveloppé dans des guenilles, le corps de la vieille femme que l’on avait abandonné là. Au matin, le cadavre avait disparu.

Toute ma vie, je me suis demandé si je n’aurais pas dû accepter d’assister à la séance. Peut-être la femme aurait-elle eu la vie sauve. Aux moralistes de trancher. Cette nuit-là, bouleversé, impuissant, je me fis à moi-même le serment absurde de ne jamais faire de politique. De la recherche, du syndicalisme, du journalisme, mais pas de politique ! Pour moi, c’était une évidence : les vrais auteurs de ce meurtre, ce n’étaient pas les bourreaux, c’étaient les hommes politiques qui nous avaient envoyés là, et notamment Guy Mollet et la SFIO. Depuis, j’ai eu beaucoup d’amis au Parti socialiste : il faut qu’ils sachent que jusqu’à mon dernier souffle, je ne serai jamais en paix avec leur parti ni avec François Mitterrand.

La torture, mais de façon « modérée » et contrôlée

Mon troisième contact avec la torture fut moins désespérant. A quelques mois de là, je fus envoyé, toujours en Kabylie mais sur la côte, dans une autre unité où je fus chargé de l’encadrement de chefs de villages ralliés. On était à l’automne 1960 et, à la suite de l’opération « Jumelles », la Kabylie était beaucoup plus calme. On ne dira jamais assez que dans la révolte d’une partie des officiers contre de Gaulle, l’année suivante, il y avait le sentiment qu’on leur avait volé leur victoire après leur avoir fait pratiquer une guerre sale et compromettre des milliers de harkis qui le paierait de leur vie. Eux aussi allaient connaître la torture.top

A l’automne de 1960, il y avait quelques combats, quelques prisonniers aussi. Le commandant P. qui commandait l’unité où je venais d’être détaché, était un ancien déporté de Dachau, où il avait connu Edmond Michelet, auquel il vouait un véritable culte. Cela ne l’empêchait pas de faire ou de laisser pratiquer la torture mais de façon « modérée » et contrôlée. Nous en avons parlé des soirées entières, entre deux parties de tarot dont il était, autant que moi, un passionné. Un soir où nous avions fait deux prisonniers, je lui demandai : « Naturellement, vous allez les interroger ? – Il le faut bien… – Croyez-vous qu’Edmond Michelet approuverait cela ? » Le commandant P. ne me répondit pas mais changea de visage. Le lendemain, comme je le croisai au mess, il me jeta négligemment « Vous savez, vos deux fellaghas, on ne leur a rien fait ». Ce fut à mon tour de ne pas répondre. Je n’ai jamais revu le commandant P., mais je sus que c’était un homme honnête et si, par hasard, il tombe sur ces lignes et s’y reconnaît, qu’il y trouve aussi mes amitiés.

Edmond Michelet est mort en 1970. Après avoir sauvé tant de vies à Dachau, il en avait sauvé encore comme garde des Sceaux sous de Gaulle. Jean-Marie Domenach écrivit alors que Michelet était un saint laïque et qu’il fallait le canoniser. Puisqu’il faut, dit-on, pour cela trois miracles, je lui dis que j’en avais au moins un à sa disposition…

Tant de choses qu’il faudrait maintenant dire ou raconter

La vie, alors, tenait à peu de chose et à de grands hasards. Dans cette même unité, quelque temps avant mon arrivée, s’était déroulée la scène suivante. Le commandant fait venir un sergent et lui dit : « Prenez huit hommes avec vous et descendez le prisonnier à la ferme B » (c’était la base arrière de l’unité).
Le sergent salue réglementairement et s’en va. Puis revient sur ses pas. « Mon commandant, non, décidément je ne veux pas faire ce sale boulot. – Quel sale boulot ? – Eh bien « descendre » un prisonnier ! Vous n’avez pas le droit de me demander cela ! – Imbécile ! Je ne t’ai pas dit de le descendre tout court, mais de le descendre à la ferme ! »top

Celui-là faillit mourir à cause d’un jeu de mots. Si j’étais romancier, j’en aurais fait une nouvelle dans le goût du « Mur » de Sartre. Cela prouve en tout cas que la liquidation des prisonniers, la fameuse « corvée de bois », était chose assez banale et assez courante pour expliquer la méprise du sergent.

Je n’accable pas, on le voit, les militaires, fussent-ils à l’occasion des tortionnaires. Tous n’étaient pas des barbares. Loin de là. J’ai passé des nuits à discuter avec des officiers paras, ou des légionnaires. Ils ne me traitaient pas de « gonzesse » ou de « pédé » parce que je leur disais réprouver absolument la torture. Beaucoup disaient me comprendre.

Je ne fais pas le malin. Je ne cherche pas à me donner le beau rôle, loin de là. Tout cela n’est pas brillant et, comme tous mes camarades, j’ai pendant quarante ans enfoui mes souvenirs. La torture a ceci de commun avec le viol qu’elle donne un sentiment de salissure à ceux qui la subissent ou même à ceux qui la combattent presque autant qu’à ceux qui la pratiquent.

Tant de choses qu’il faudrait maintenant dire ou raconter. Les crimes des nationalistes algériens contre les « colons », contre les Algériens eux-mêmes, contre les harkis. Ces crimes qui continueront, comme on le voit aujourd’hui en Algérie, aussi longtemps que le pouvoir algérien ne les aura pas reconnus. Cela ne suffira peut être pas, mais aussi longtemps que l’Algérie ne regardera pas en face ses propres crimes, elle ne connaîtra pas la paix.

Dire la vérité, la vérité politique sur la torture

Je reviens aux crimes de l’armée française, ceux que nous avons commis. Directement ou indirectement, ils sont l’oeuvre du pouvoir politique. La preuve, c’est que le contingent ne se révolta jamais contre la torture – elle faisait partie à leurs yeux du mandat implicite et inavouable de la nation – mais qu’il se leva comme un seul homme contre le putsch des généraux, en 1961. Quand je demandais aux appelés pourquoi cette différence de comportement, tous me répondaient : dans le premier cas, on nous fait faire un sale boulot, c’est tout. Dans le second, on veut nous couper de la nation, de nos parents, de nos amis, de nos fiancées…

Voilà pourquoi je ne demande pas le jugement des militaires, même les plus compromis. Mais je demande fermement et sans hésitation que le pouvoir politique reconnaisse solennellement que c’est la France qui est responsable, que c’est elle qui a torturé en Algérie. L’histoire, dit Renan à propos de la mort de Jésus, a oublié le nom des bourreaux mais elle a retenu celui du magistrat responsable. C’est de Ponce Pilate qu’il s’agissait alors. Ici, du pouvoir politique.

Mon seul souci dans cette affaire est de comprendre comment un peuple civilisé peut retomber dans la barbarie. Si nous voulons empêcher le retour de cette honte, il faut la regarder en face. Dire la vérité, la vérité politique sur la torture. Nous ne voulons pas que les fils retrouvent l’horreur sur leur chemin et la honte au fond de leur coeur, tout cela parce que leurs pères ont menti.

Jacques Julliard, copyright « Le Nouvel Observateur, Paris.
top
[Semaine du 14 décembre 2000, n°1884]. Intertitres : rédaction
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Un fonctionnaire de la torture raconte…

« Nous avons fait une sale besogne.
Elle n’a servi à rien »


Un fonctionnaire de la torture raconte…

Dans une lettre inédite destinée au journaliste Jean-Pierre Vittori, un ancien des détachements opérationnels de protection décrivait, en 1977, les méthodes de ce service spécial de l’armée, chargé de démanteler les réseaux du FLN. Accablant.Ce document n’était pas destiné à être publié. Il a été écrit en 1977 par un ancien spécialiste de la torture pendant la guerre d’Algérie, décédé il y a quelques années. L’homme, qui voulait rester anonyme, y présentait en détail les activités et les méthodes du service spécial dans lequel il a travaillé pendant cinq ans : un DOP (détachement opérationnel de protection). Cet organe militaire de renseignement, créé fin 1956 et devenu opérationnel l’année suivante, avait pour mission de démanteler les réseaux secrets du FLN – par tous les moyens.

Ce texte est important à plusieurs titres. D’abord, à notre connaissance, il s’agit du premier témoignage détaillé d’un engagé, gradé de surcroît, sur les DOP. Ensuite, ce document est une preuve supplémentaire que la torture n’était pas, comme l’affirme Lionel Jospin,  » minoritaire « , mais bien une méthode de renseignement institutionnalisée – « industrielle », dit même l’auteur. En outre, il y apparaît clairement que cette torture, à ce moment-là, n’avait pas pour but de faire échec aux poseurs de bombes, mais de démonter l’organigramme des ennemis ; autrement dit, elle n’était pas employée, loin s’en faut, qu’en cas d’extrême urgence, comme l’affirment certains aujourd’hui, mais de manière routinière. Enfin, ce document apporte un éclairage effrayant sur la vie quotidienne dans ces sinistres « villas » où les fonctionnaires de la torture, sortes de « Lacombe Lucien » d’Algérie, jouissaient d’un statut privilégié.

Le premier destinataire de ce texte de dix pages fut le journaliste et écrivain Jean-Pierre Vittori, qui, en 1977, venait de publier « Nous, les appelés d’Algérie » (1). A l’aide de ce document brut et après des dizaines d’heures d’entretiens avec son auteur, Jean-Pierre Vittori a écrit en 1980 un livre terrible, « On a torturé en Algérie« , qui reparaît cette semaine aux Editions Ramsay (2). L’auteur a accepté de nous confier ces dix pages dactylographiées, qu’il a reçues confidentiellement en 1977. « Le temps est venu », dit-il. Le cas échéant, il remettra l’intégralité du document à toute commission officielle sur la torture en Algérie. En voici les principaux extraits. Vincent Jauvert.top

Nous vivions en « vase clos »

« Le DOP était composé d’un officier – en principe un capitaine – de deux ou trois officiers adjoints, de quatre ou cinq sous-officiers, de quinze à vingt appelés. […] Chaque DOP comprenait un ou plusieurs interprètes (généralement recrutés chez les « pieds-noirs », les appelés de même souche, « les ralliés » du FLN ou bien des harkis).

PhotoCes personnels avaient un traitement de choix, surtout pour les appelés. La discipline était fort libre, la faculté de se mettre en tenue civile, des avantages en nature – fournis par les « fonds spéciaux », des cadeaux à Noël, un ordinaire plus substantiel que dans les corps de troupe, l’absence de services de garde et de toutes les sujétions des services de garnison, un foyer bar bien achalandé. […]

Le logement des DOP était adapté à la mission. Généralement une villa, spacieuse mais écartée de tout camp militaire. Le personnel prit vite l’habitude de vivre en « vase clos » et de ne jamais fréquenter leurs camarades des autres armes. […] De nombreux DOP possédaient dans leurs dépendances des moutons, volailles, lapins, des produits des « prises » qui servaient à améliorer l’ordinaire. […]
Les personnels officiers et sous-officiers avaient un ordre de mission permanent, avec leur photo, barré d’un bandeau tricolore, précisant qu’ils avaient la faculté de transporter dans n’importe quel véhicule des personnes des deux sexes dont ils n’avaient pas à révéler l’identité aux contrôles militaires ni à expliquer leur présence ni leur destination (on imagine facilement les abus qui ont pu avoir lieu avec cette facilité, surtout avec les femmes[…]. »top

La torture « industrielle »

« [Je me souviens] avoir feuilleté un épais dossier de directives et de notes de service à l’attention des DOP lors de leur implantation. L’une d’elles, très brève, signée par une autorité militaire dont [j'ai] oublié le nom précisait que « les interrogatoires devaient être menés de manière telle que la dignité humaine serait respectée ». Il va sans dire que cette directive est restée lettre morte et enterrée.[…]
Il faut reconnaître que la torture existait en Algérie bien avant l’implantation des DOP. Elle fut pratiquée de manière courante dans les corps de troupe dès l’arrivée du corps expéditionnaire. […] Mais ce n’était que du « bricolage » au stade artisanal, de l’improvisation. Du reste, la notion restait vague et imprécise en ce domaine. Des bourrades, un « passage à tabac » peuvent-ils être considérés comme de la torture… ? Avec les DOP, elle allait entrer dans une phase rationnelle, efficace, industrielle…

Bien entendu, la torture n’existait pas. Ni officiellement, ni officieusement. En sept années que nous avons passées en Algérie, c’est un mot que nous n’avons jamais entendu prononcer une seule fois. (…) Il n’y avait donc ni torture, ni supplices, ni bourreaux, ni tortionnaires, pas plus que des torturés ou suppliciés. Il n’y avait que des « interrogatoires », des « interrogateurs » et des « interrogés ». La gamme de ces interrogatoires » était subtile. Elle allait de l’interrogatoire « simple » ou de routine, passait par l’interrogatoire « poussé », « approfondi » ou « très poussé ». Semblablement au Moyen Age, il y avait la question ordinaire et la question extraordinaire.


    ”Parfois indigné, toujours ecœuré, on finissait
    par s’habituer aux cris, aux gémissements des suppliciés.”


     

Au début de leur implantation, les DOP copièrent les méthodes des corps de troupe. Passages à tabac, le téléphone de campagne EE8, la « touque » d’eau. Petit à petit, on innova, on expérimenta des méthodes plus efficaces. On fit des progrès… L’imagination aidant, on perfectionna cet art. On s’aperçut que la génératrice (la fameuse « gégène » à pédales) débitait un courant supérieur au téléphone de campagne EE8. Les DOP n’en possédaient point mais allaient en emprunter une au service de transmissions le plus proche.top

Les DOP échangeaient entre eux de bons « tuyaux », se communiquaient des méthodes d’interrogatoires. Il y avait différentes écoles. Certains interrogeaient le patient dans la position horizontale, nu et attaché sur un lit Picot ou une planche, d’autres préféraient l’interroger dans la position verticale, attaché à des anneaux scellés dans le mur dans la position du « soleil ». [J'ai connu] un officier qui préconisait l’introduction de Dolpic (révulsif puissant) dans l’anus du patient. […] Il y eut l’emploi de la lampe à souder, dont la flamme était appliquée sur les pieds, du coton imprégné d’alcool à brûler sur les parties génitales, des applications de cigarettes. Un volume, hélas, ne suffirait pas à décrire tout cela.

Evidemment au cours de l’interrogatoire on pouvait changer de méthode, varier, innover, improviser, inventer. Toute nouvelle initiative était la bienvenue. […]

La méthode la plus « classique » était la suivante : le patient était attaché, entièrement nu, sur une large planche ou sur une porte placée à l’horizontale. Un fil du téléphone ou de la « gégène » entouré autour de l’oreille, l’autre fil au bout de la verge. Le « manipulant » actionnait l’appareil et l’interrogateur recueillait les déclarations par le truchement de l’interprète. Dans les interrogatoires dits « poussés », le traitement se combinait avec l’absorption d’eau (15 à 20 litres), ingurgitée soit par un entonnoir, soit par une semi-asphyxie par une serviette appliquée sur la bouche et le nez. Ce dernier genre de supplice se soldait généralement par la mort du patient (éclatement de l’estomac ou congestion dus à l’introduction d’eau dans les poumons). Certains « manipulateurs » mélangeaient à l’eau certains détersifs comme le Teepol ou le Mir. Dans ces cas-là, la mort était à peu près certaine. […]

Les salles d’interrogatoires étaient généralement aménagées dans les caves du DOP ou dans des pièces retirées le plus imperméables possible aux cris. Certains DOP possédaient des salles d’interrogatoire complètement insonorisées et hermétiquement fermées. […] »

L’affreuse odeur des corps suppliciés

« Les interrogatoires dits « très poussés » étaient pratiqués presque toujours la nuit. Le prisonnier était brusquement tiré de son sommeil, extrait de sa cellule pour être soumis à la question. […] Il faut avoir connu cette ambiance, cette atmosphère lourde de la salle d’interrogatoire pour en garder un souvenir ineffaçable…

PhotoL’air épaissi par la fumée des cigarettes, l’affreuse odeur des corps suppliciés en sudation se mélangeant à l’odeur des déjections (réaction physiologique fréquente des corps torturés), de l’urine, ajoutons à cela les cris, les hurlements, les supplications, les bruits de coups… Les interrogateurs faisaient de fréquentes pauses durant lesquelles on buvait (il fallait bien un « doping » pour soutenir les nerfs, on buvait du vin ou de la bière en grande quantité, on fumait également beaucoup, énormément même) et l’on continuait. Ces « interrogatoires » commençaient parfois vers 21 heures et ne s’achevaient parfois que vers 4 ou 5 heures du matin. […]

Pour les interrogateurs, les moments les plus pénibles commençaient après la deuxième partie de la nuit. Les nerfs excités soit par l’alcool soit par le manque de sommeil, par la fatigue, par le désir d’avoir des renseignements à tout prix ; alors les coups tombaient plus drus ; la torture s’exacerbait.[…]top

Notre triste expérience dans ce domaine nous permet d’affirmer que les renseignements obtenus par la torture, indépendamment de toutes considérations morales, furent maigres. Et cela se comprend facilement. Le supplicié pour arrêter ne serait-ce qu’un instant ses souffrances insupportables, avoir un moment de répit, avouait n’importe quoi […]. Nous avons également tiré les enseignements suivants. L’être fruste, primitif, sachant généralement peu de choses, était très endurant à la torture, parlait peu. Nous avons vu des collecteurs de fonds du FLN préférer mourir que d’avouer. L’être évolué, l’étudiant de culture française, était plus fragile. Il avait une horreur physique de la violence. […] Il donnait un peu de renseignements vrais pour se rendre crédible. Beaucoup de faux.

Interroger les femmes, chose redoutable ! Ces dernières n’étaient nullement exemptes de la torture […]; mais de torture, disons, au premier degré. Le téléphone seulement leur était appliqué suivant la méthode classique (un fil autour de l’oreille, l’autre introduit dans les parties génitales – elles étaient interrogées entièrement nues, bien entendu). Généralement beaucoup plus fines que les hommes, elles parlaient beaucoup cherchant à « noyer le poisson », dire un peu de vérité mélangé à beaucoup de faux.

Il semble que les viols furent rares, viol tout au moins au sens actuel du terme, c’est-à-dire agression physique et brutale. Un interrogateur, par exemple, désirant une femme n’avait nul besoin de se livrer à une agression physique. Il lui suffisait d’exercer une certaine pression morale, faire miroiter la perspective d’une libération pour arriver à ses fins.  »

Nous en savions trop

« Sympathiser avec un prisonnier était considéré comme une faute grave. Donner une verre d’eau à un torturé pareillement. Mais jamais de sanction, dans le DOP. On lavait son linge sale en famille. […] On ne quittait jamais les DOP, on ne quittait jamais la « boutique ». Nous en savions trop, nous en avions trop vu, le CCI [centre de coordination interarmées : le QG des DOP] préférait nous garder dans son giron pour éviter toute publicité fâcheuse. […]top

Univers étrange que celui des DOP. Dans ce microcosme vivant en vase clos où toutes les valeurs étaient inversées, déformées. […]

Les prisonniers ou prisonnières séjournaient parfois longtemps dans les DOP. Ils ne restaient pas inactifs dans la journée. Ils étaient utilisés aux tâches les plus diverses : corvées de nettoyage, lavage de vaisselle et de vêtements des personnels des DOP… De ce fait, ils jouissaient d’une semi-liberté à l’intérieur des locaux. [...] Ils devenaient en quelque sorte des compagnons de la vie quotidienne. […] La méthode favorite des DOP était de « mouiller », de compromettre le prisonnier au maximum vis-à-vis du FLN en le confrontant à d’autres prisonniers, en le faisant participer aux interrogatoires et même […] pratiquer lui-même la torture sur ses compatriotes. Des prisonniers tellement compromis […] suppliaient de rester dans le DOP plutôt que d’être libérés.

[Enfin, il y a] les fameuses « corvées de bois » appliquées à des prisonniers jugés irrécupérables. […] Au cours d’une sortie de nuit, le chef de DOP ou un de ses adjoints emmenait le prisonnier dans sa Jeep. Dans un endroit retiré, il lui tirait une rafale de PM dans le dos. Le cadavre était ensuite immédiatement enseveli sur place par une « corvée » désignée à cet effet, les traces de la tombe soigneusement effacées. […]

Tous les procédés, errements, que [j'ai] énumérés n’auraient dû être appliqués que par des organismes hautement spécialisés du SDECE (Service de Documentation extérieure et du Contre-Espionnage) et pratiqués par un personnel hautement formé. Or l’officier d’artillerie qui arrivait de métropole et le sous-officier n’étaient nullement préparés à une pareille tâche. Et que dire des appelés destinés à devenir des « manipulants » et à appliquer la torture !

[J'ai eu] connaissance de cas de conscience, mais [je regrette] de dire qu’ils furent rares. On s’habitue à tout, même à l’horreur. Parfois indigné, toujours écoeuré, on finissait par s’habituer aux cris, aux gémissements des suppliciés. [...] Les appelés étaient pris dans le cycle infernal, absorbés par l’engrenage. Tout compte fait, on attendait la « quille » et, dans un DOP, on était relativement plus tranquille que les copains qui crapahutaient dans le djebel. Et puis ces procédés étaient approuvés par de hautes autorités morales et militaires… pouvait-on être plus royaliste que le roi ?

Une réorganisation des DOP eut lieu au courant de l’automne 1959. L’appellation DOP disparut pour faire place à des « bataillons d’infanterie ». […] Leur appellation était évidemment fantaisiste et portait des numéros de régiments dissous. […] Ceci dans un but de camouflage, car il est évident que ces « bataillons d’infanterie » n’avaient rien de commun avec les missions classiques des fantassins. […]

S’il existe d’innombrables amicales regroupant des anciens de tels régiments d’infanterie, ou du énième régiment d’artillerie, à [ma] connaissance il n’existe absolument aucune amicale regroupant des anciens du CCI ou des DOP. Il n’y avait pas de camarades mais des complices, nous le sentions confusément.

Nous avions fait une sale besogne et elle n’avait servi strictement à rien. Notre action avait échoué lamentablement devant la détermination de tout un peuple. Nous restions seuls et isolés avec nos souvenirs, nos affreux souvenirs. »

1. « Nous, les appelés d’Algérie » vient d’être réédité aux Editions Ramsay.
2. « On a torturé en Algérie. Témoignage recueilli par Jean-Pierre Vittori », Editions Ramsay.

Copyright « Le Nouvel Observateur« , Paris [Semaine du 14 décembre 2000, n°1884].
topInternet
: www.nouvelobs.com
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Un fonctionnaire de la torture raconte…

« Nous avons fait une sale besogne. Elle n’a servi à rien » ——————————————————————————– Un fonctionnaire de la torture raconte… Dans une lettre inédite destinée au journaliste Jean-Pierre Vittori, un ancien des détachements opérationnels de protection décrivait, en 1977, les méthodes de ce service spécial de l’armée, chargé de démanteler les réseaux du FLN. Accablant. Ce document n’était pas destiné à être publié. Il a été écrit en 1977 par un ancien spécialiste de la torture pendant la guerre d’Algérie, décédé il y a quelques années. L’homme, qui voulait rester anonyme, y présentait en détail les activités et les méthodes du service spécial dans lequel il a travaillé pendant cinq ans : un DOP (détachement opérationnel de protection). Cet organe militaire de renseignement, créé fin 1956 et devenu opérationnel l’année suivante, avait pour mission de démanteler les réseaux secrets du FLN – par tous les moyens. Ce texte est important à plusieurs titres. D’abord, à notre connaissance, il s’agit du premier témoignage détaillé d’un engagé, gradé de surcroît, sur les DOP. Ensuite, ce document est une preuve supplémentaire que la torture n’était pas, comme l’affirme Lionel Jospin,  » minoritaire « , mais bien une méthode de renseignement institutionnalisée – « industrielle », dit même l’auteur. En outre, il y apparaît clairement que cette torture, à ce moment-là, n’avait pas pour but de faire échec aux poseurs de bombes, mais de démonter l’organigramme des ennemis ; autrement dit, elle n’était pas employée, loin s’en faut, qu’en cas d’extrême urgence, comme l’affirment certains aujourd’hui, mais de manière routinière. Enfin, ce document apporte un éclairage effrayant sur la vie quotidienne dans ces sinistres « villas » où les fonctionnaires de la torture, sortes de « Lacombe Lucien » d’Algérie, jouissaient d’un statut privilégié. Le premier destinataire de ce texte de dix pages fut le journaliste et écrivain Jean-Pierre Vittori, qui, en 1977, venait de publier « Nous, les appelés d’Algérie » (1). A l’aide de ce document brut et après des dizaines d’heures d’entretiens avec son auteur, Jean-Pierre Vittori a écrit en 1980 un livre terrible, « On a torturé en Algérie », qui reparaît cette semaine aux Editions Ramsay (2). L’auteur a accepté de nous confier ces dix pages dactylographiées, qu’il a reçues confidentiellement en 1977. « Le temps est venu », dit-il. Le cas échéant, il remettra l’intégralité du document à toute commission officielle sur la torture en Algérie. En voici les principaux extraits. Vincent Jauvert. Nous vivions en « vase clos » « Le DOP était composé d’un officier – en principe un capitaine – de deux ou trois officiers adjoints, de quatre ou cinq sous-officiers, de quinze à vingt appelés. […] Chaque DOP comprenait un ou plusieurs interprètes (généralement recrutés chez les « pieds-noirs », les appelés de même souche, « les ralliés » du FLN ou bien des harkis). Ces personnels avaient un traitement de choix, surtout pour les appelés. La discipline était fort libre, la faculté de se mettre en tenue civile, des avantages en nature – fournis par les « fonds spéciaux », des cadeaux à Noël, un ordinaire plus substantiel que dans les corps de troupe, l’absence de services de garde et de toutes les sujétions des services de garnison, un foyer bar bien achalandé. […] Le logement des DOP était adapté à la mission. Généralement une villa, spacieuse mais écartée de tout camp militaire. Le personnel prit vite l’habitude de vivre en « vase clos » et de ne jamais fréquenter leurs camarades des autres armes. […] De nombreux DOP possédaient dans leurs dépendances des moutons, volailles, lapins, des produits des « prises » qui servaient à améliorer l’ordinaire. […] Les personnels officiers et sous-officiers avaient un ordre de mission permanent, avec leur photo, barré d’un bandeau tricolore, précisant qu’ils avaient la faculté de transporter dans n’importe quel véhicule des personnes des deux sexes dont ils n’avaient pas à révéler l’identité aux contrôles militaires ni à expliquer leur présence ni leur destination (on imagine facilement les abus qui ont pu avoir lieu avec cette facilité, surtout avec les femmes[…]. » La torture « industrielle » « [Je me souviens] avoir feuilleté un épais dossier de directives et de notes de service à l’attention des DOP lors de leur implantation. L’une d’elles, très brève, signée par une autorité militaire dont [j'ai] oublié le nom précisait que « les interrogatoires devaient être menés de manière telle que la dignité humaine serait respectée ». Il va sans dire que cette directive est restée lettre morte et enterrée.[…] Il faut reconnaître que la torture existait en Algérie bien avant l’implantation des DOP. Elle fut pratiquée de manière courante dans les corps de troupe dès l’arrivée du corps expéditionnaire. […] Mais ce n’était que du « bricolage » au stade artisanal, de l’improvisation. Du reste, la notion restait vague et imprécise en ce domaine. Des bourrades, un « passage à tabac » peuvent-ils être considérés comme de la torture… ? Avec les DOP, elle allait entrer dans une phase rationnelle, efficace, industrielle… Bien entendu, la torture n’existait pas. Ni officiellement, ni officieusement. En sept années que nous avons passées en Algérie, c’est un mot que nous n’avons jamais entendu prononcer une seule fois. (…) Il n’y avait donc ni torture, ni supplices, ni bourreaux, ni tortionnaires, pas plus que des torturés ou suppliciés. Il n’y avait que des « interrogatoires », des « interrogateurs » et des « interrogés ». La gamme de ces interrogatoires » était subtile. Elle allait de l’interrogatoire « simple » ou de routine, passait par l’interrogatoire « poussé », « approfondi » ou « très poussé ». Semblablement au Moyen Age, il y avait la question ordinaire et la question extraordinaire. ——————————————————————————– ”Parfois indigné, toujours ecœuré, on finissait par s’habituer aux cris, aux gémissements des suppliciés.” ——————————————————————————– Au début de leur implantation, les DOP copièrent les méthodes des corps de troupe. Passages à tabac, le téléphone de campagne EE8, la « touque » d’eau. Petit à petit, on innova, on expérimenta des méthodes plus efficaces. On fit des progrès… L’imagination aidant, on perfectionna cet art. On s’aperçut que la génératrice (la fameuse « gégène » à pédales) débitait un courant supérieur au téléphone de campagne EE8. Les DOP n’en possédaient point mais allaient en emprunter une au service de transmissions le plus proche. Les DOP échangeaient entre eux de bons « tuyaux », se communiquaient des méthodes d’interrogatoires. Il y avait différentes écoles. Certains interrogeaient le patient dans la position horizontale, nu et attaché sur un lit Picot ou une planche, d’autres préféraient l’interroger dans la position verticale, attaché à des anneaux scellés dans le mur dans la position du « soleil ». [J'ai connu] un officier qui préconisait l’introduction de Dolpic (révulsif puissant) dans l’anus du patient. […] Il y eut l’emploi de la lampe à souder, dont la flamme était appliquée sur les pieds, du coton imprégné d’alcool à brûler sur les parties génitales, des applications de cigarettes. Un volume, hélas, ne suffirait pas à décrire tout cela. Evidemment au cours de l’interrogatoire on pouvait changer de méthode, varier, innover, improviser, inventer. Toute nouvelle initiative était la bienvenue. […] La méthode la plus « classique » était la suivante : le patient était attaché, entièrement nu, sur une large planche ou sur une porte placée à l’horizontale. Un fil du téléphone ou de la « gégène » entouré autour de l’oreille, l’autre fil au bout de la verge. Le « manipulant » actionnait l’appareil et l’interrogateur recueillait les déclarations par le truchement de l’interprète. Dans les interrogatoires dits « poussés », le traitement se combinait avec l’absorption d’eau (15 à 20 litres), ingurgitée soit par un entonnoir, soit par une semi-asphyxie par une serviette appliquée sur la bouche et le nez. Ce dernier genre de supplice se soldait généralement par la mort du patient (éclatement de l’estomac ou congestion dus à l’introduction d’eau dans les poumons). Certains « manipulateurs » mélangeaient à l’eau certains détersifs comme le Teepol ou le Mir. Dans ces cas-là, la mort était à peu près certaine. […] Les salles d’interrogatoires étaient généralement aménagées dans les caves du DOP ou dans des pièces retirées le plus imperméables possible aux cris. Certains DOP possédaient des salles d’interrogatoire complètement insonorisées et hermétiquement fermées. […] » L’affreuse odeur des corps suppliciés « Les interrogatoires dits « très poussés » étaient pratiqués presque toujours la nuit. Le prisonnier était brusquement tiré de son sommeil, extrait de sa cellule pour être soumis à la question. […] Il faut avoir connu cette ambiance, cette atmosphère lourde de la salle d’interrogatoire pour en garder un souvenir ineffaçable… L’air épaissi par la fumée des cigarettes, l’affreuse odeur des corps suppliciés en sudation se mélangeant à l’odeur des déjections (réaction physiologique fréquente des corps torturés), de l’urine, ajoutons à cela les cris, les hurlements, les supplications, les bruits de coups… Les interrogateurs faisaient de fréquentes pauses durant lesquelles on buvait (il fallait bien un « doping » pour soutenir les nerfs, on buvait du vin ou de la bière en grande quantité, on fumait également beaucoup, énormément même) et l’on continuait. Ces « interrogatoires » commençaient parfois vers 21 heures et ne s’achevaient parfois que vers 4 ou 5 heures du matin. […] Pour les interrogateurs, les moments les plus pénibles commençaient après la deuxième partie de la nuit. Les nerfs excités soit par l’alcool soit par le manque de sommeil, par la fatigue, par le désir d’avoir des renseignements à tout prix ; alors les coups tombaient plus drus ; la torture s’exacerbait.[…] Notre triste expérience dans ce domaine nous permet d’affirmer que les renseignements obtenus par la torture, indépendamment de toutes considérations morales, furent maigres. Et cela se comprend facilement. Le supplicié pour arrêter ne serait-ce qu’un instant ses souffrances insupportables, avoir un moment de répit, avouait n’importe quoi […]. Nous avons également tiré les enseignements suivants. L’être fruste, primitif, sachant généralement peu de choses, était très endurant à la torture, parlait peu. Nous avons vu des collecteurs de fonds du FLN préférer mourir que d’avouer. L’être évolué, l’étudiant de culture française, était plus fragile. Il avait une horreur physique de la violence. […] Il donnait un peu de renseignements vrais pour se rendre crédible. Beaucoup de faux. Interroger les femmes, chose redoutable ! Ces dernières n’étaient nullement exemptes de la torture […]; mais de torture, disons, au premier degré. Le téléphone seulement leur était appliqué suivant la méthode classique (un fil autour de l’oreille, l’autre introduit dans les parties génitales – elles étaient interrogées entièrement nues, bien entendu). Généralement beaucoup plus fines que les hommes, elles parlaient beaucoup cherchant à « noyer le poisson », dire un peu de vérité mélangé à beaucoup de faux. Il semble que les viols furent rares, viol tout au moins au sens actuel du terme, c’est-à-dire agression physique et brutale. Un interrogateur, par exemple, désirant une femme n’avait nul besoin de se livrer à une agression physique. Il lui suffisait d’exercer une certaine pression morale, faire miroiter la perspective d’une libération pour arriver à ses fins.  » Nous en savions trop « Sympathiser avec un prisonnier était considéré comme une faute grave. Donner une verre d’eau à un torturé pareillement. Mais jamais de sanction, dans le DOP. On lavait son linge sale en famille. […] On ne quittait jamais les DOP, on ne quittait jamais la « boutique ». Nous en savions trop, nous en avions trop vu, le CCI [centre de coordination interarmées : le QG des DOP] préférait nous garder dans son giron pour éviter toute publicité fâcheuse. […] Univers étrange que celui des DOP. Dans ce microcosme vivant en vase clos où toutes les valeurs étaient inversées, déformées. […] Les prisonniers ou prisonnières séjournaient parfois longtemps dans les DOP. Ils ne restaient pas inactifs dans la journée. Ils étaient utilisés aux tâches les plus diverses : corvées de nettoyage, lavage de vaisselle et de vêtements des personnels des DOP… De ce fait, ils jouissaient d’une semi-liberté à l’intérieur des locaux. [...] Ils devenaient en quelque sorte des compagnons de la vie quotidienne. […] La méthode favorite des DOP était de « mouiller », de compromettre le prisonnier au maximum vis-à-vis du FLN en le confrontant à d’autres prisonniers, en le faisant participer aux interrogatoires et même […] pratiquer lui-même la torture sur ses compatriotes. Des prisonniers tellement compromis […] suppliaient de rester dans le DOP plutôt que d’être libérés. [Enfin, il y a] les fameuses « corvées de bois » appliquées à des prisonniers jugés irrécupérables. […] Au cours d’une sortie de nuit, le chef de DOP ou un de ses adjoints emmenait le prisonnier dans sa Jeep. Dans un endroit retiré, il lui tirait une rafale de PM dans le dos. Le cadavre était ensuite immédiatement enseveli sur place par une « corvée » désignée à cet effet, les traces de la tombe soigneusement effacées. […] Tous les procédés, errements, que [j'ai] énumérés n’auraient dû être appliqués que par des organismes hautement spécialisés du SDECE (Service de Documentation extérieure et du Contre-Espionnage) et pratiqués par un personnel hautement formé. Or l’officier d’artillerie qui arrivait de métropole et le sous-officier n’étaient nullement préparés à une pareille tâche. Et que dire des appelés destinés à devenir des « manipulants » et à appliquer la torture ! [J'ai eu] connaissance de cas de conscience, mais [je regrette] de dire qu’ils furent rares. On s’habitue à tout, même à l’horreur. Parfois indigné, toujours écoeuré, on finissait par s’habituer aux cris, aux gémissements des suppliciés. [...] Les appelés étaient pris dans le cycle infernal, absorbés par l’engrenage. Tout compte fait, on attendait la « quille » et, dans un DOP, on était relativement plus tranquille que les copains qui crapahutaient dans le djebel. Et puis ces procédés étaient approuvés par de hautes autorités morales et militaires… pouvait-on être plus royaliste que le roi ? Une réorganisation des DOP eut lieu au courant de l’automne 1959. L’appellation DOP disparut pour faire place à des « bataillons d’infanterie ». […] Leur appellation était évidemment fantaisiste et portait des numéros de régiments dissous. […] Ceci dans un but de camouflage, car il est évident que ces « bataillons d’infanterie » n’avaient rien de commun avec les missions classiques des fantassins. […] S’il existe d’innombrables amicales regroupant des anciens de tels régiments d’infanterie, ou du énième régiment d’artillerie, à [ma] connaissance il n’existe absolument aucune amicale regroupant des anciens du CCI ou des DOP. Il n’y avait pas de camarades mais des complices, nous le sentions confusément. Nous avions fait une sale besogne et elle n’avait servi strictement à rien. Notre action avait échoué lamentablement devant la détermination de tout un peuple. Nous restions seuls et isolés avec nos souvenirs, nos affreux souvenirs. » 1. « Nous, les appelés d’Algérie » vient d’être réédité aux Editions Ramsay. 2. « On a torturé en Algérie. Témoignage recueilli par Jean-Pierre Vittori », Editions Ramsay. Copyright « Le Nouvel Observateur », Paris [Semaine du 14 décembre 2000, n°1884]. Internet: www.nouvelobs.com

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Hassiba ben Bouali à Ahl El Ksar

L’association de wilaya pour l’histoire et le patrimoine a saisi l’occasion de Youm el Ilm pour célébrer l’événement et rendre un hommage particulier aux nombreux hommes de culture qui ont lutté pour la préservation de la personnalité nationale pendant la dure période coloniale. Des honneurs ont été rendus aux filles Bouguerra de Ahl Laksar qui ont, à trois, milité au sein de l’Association des oulémas, chère à Abdelhamid Ben Badis. L’aînée des trois soeurs avait obtenu la première place à l’examen organisé en 1954 et où feu Mahfoud Nahnah, le leader charismatique du MSP, avait été classé 36e. L’occasion a été saisie aussi pour relater dans une projection vidéo, l’histoire d’un site historique en danger à Bouira: la Medersa située à l’entrée de la nouvelle ville, et qui a été réalisée en pleine période coloniale en réaction aux tentatives des Français de contrecarrer les efforts de l’Association des oulémas. Grâce à des personnes comme El Hadj Benadel, Sidhoum Hacène, Chetouf Abdenour… et au volontariat des centaines de citoyens, la Medersa a été réalisée et consacrée à l’enseignement du Coran. Dans cette école, des personnes encore vivantes, et d’autres décédées, ont oeuvré pour préserver la caractéristique du peuple algérien. Lors de cette journée, le public apprendra aussi que Hassiba Ben Bouali venait souvent apprendre aux enfants les chants patriotiques dans la Medersa d’Ahl Laksar. A la mosquée Ben Badis, Smaïl Djouamaâ et El Hadj Fredj prenaient le relais. Plus au nord, à Zeboudja, c’est M.Ferhi qui créa une école aujourd’hui transformée en bureau de poste. Au village Izemourène, ce sont les Aïgoune qui se sont chargés de cette mission qui tenait à coeur au fondateur de l’Association des oulémas. A l’occasion aussi, une copie de la carte d’identité de feu Ben Badis a été présentée au jeune public.
Les organisateurs ont mis l’accent sur le contenu de ce document administratif portant le numéro 1159 délivré le 05/12/1889 à Constantine et où il est mentionné pour la nationalité: indigène musulman NN (non-naturalisé). Dans un entretien accordé à la presse, le président de l’Association pour l’histoire et le patrimoine, le Dr Djeridane Hanine a exposé explicitement les objectifs de cette association née en 2004: «Nous voulons attirer l’attention des responsables sur la richesse de notre wilaya en matière d’histoire et les solliciter pour sa préservation…». Une convention est déjà signée avec le Ciaj et la DJS pour la mise en place de 45 clubs d’histoire à travers les 45 communes de la wilaya. Un groupe de ces clubs, celui de Ouled Rached, vient de découvrir au lieudit Amchiah Nath Yahia, un site archéologique datant de l’ère romaine. Parmi ses objectifs l’association oeuvre également à la création d’un musée au niveau du chef-lieu de wilaya. Dans son intervention, M.Djeridane a invité les responsables à soutenir ce groupe qui veut redonner à Bouira sa place sur l’échiquier culturel national.

Merzouk ABDENOUR

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Les Ahl El KSar (d’aprés un article de M.S sur vitamines.dz)

 Jadis, on raconnte que du côté de AIN BEGRA, il y avait un ksar d’une dynastie inconnue des historiens ou du moins non rapportée par aucun manuscrit. Cette région se trouve actuellement dans la commune d’ATH RACHED OUALI au sud est d’ATH ABDELLAH OUALI. Les villagois de ce village parlent encore des restes de vestiges d’un ksar se trouvant à AIN BEGRA mains on ignore encore le batisseur et encore moins l’ére et la dynastie auxquels il appartient. A partir de là, on croit savoir que le nom de la région aurait été donné à ce ksar. Un travail d’historien et d’archéologie doit faire la lumière sur ces vestiges . Avant la colonnisation, la région était composée de trois grands villages: taddart n’ATH RACHED OUALI, ATH ABDELLAH OUALI et ATH ALI OUAMER. Sur chaque village veillait un saint à l’instar des autres régions de kabylie. Au centre à ATH RACHED OUALI se trouve le moseulé de Sidi Ahmed Ouslimane ( vout kherrouvt), à l’est à ATH ALI OUAMER se trouve le saint OUL AKKOUCHE et à l’est à ATH ABDELLAH OUALI se trouve le saint OUL ADNANE. C’est de ces trois villages que le peuplement de toute la région s’est effectué au fil du temps. Les villages d’ ATH RACHED OUALI et ATH ABDELLAH OUALI existent encore, cependant, le village des ATH ALI OUAMER a complétement disparu.D’ailleurs, il y reste que quelques vestiges témoins d’un passé peu connu et on ignore encore les raisons de cette disparition. Il faut noter que les populations des trois villages vivaient en parfaite symbiose malgré leur composantes sociales differentes ( kabyles et marabouts). Au contraire, ce brassage leur a donné force et unité. S’en suivent aprés des mouvements de migrations causés par les guerres et la famine. on raconte que IMMELLAHEN sont des decendants d’ATH ABDELLAH OUALI mais en désaccord avec les leurs pour cause de limites de territoires, à l’issue, il y eut siscion entre frères bien qu’IMMELLAHEN continuaient à faire allégeance au saint OUL ADNANE. Les marabouts d’ATH RACHED OUALI ont immigré vers l’ouest dans un premier temps à TIHEMZIYINE pour sa position stratégique et son abondance en eau et en végétation pour les troupeaux. D’autres tribus des ATH RACHED OUALI ont immigré vers le sud pour les même raisons.Par contre les tribus appartenant aux ATH ALI OUAMER ont immigré vers le nord ouest. On raconte aussi, que des soulèvements contre l’occupation turque et française aurait provoqué ces immigrations, d’ailleurs, la grotte d’EL GHAR à TIHEMZIYINE a servi d’abri pour les populations en soulèvement contre l’occupant. Beaucoup d’histoires mythiques auraient été racontées sur cette grotte dont on disait qu’elle est longue de plusieurs kilometres et que l’une de ses sorties débouche sur TAMELLAHT. Mystérieusement, vers les années 70 et 80, en creusant un fôrrage dans la village d’ATH ABDELLAH OUALI, celui-ci s’effendra et mena vers des loges sous-terraines et on parle d’un passage d’un oued sous-terrain aussi ! Quant à la grotte de TIHEMZIYINE, elle  continue à nourir le mystère puisque jamais explorée . une chose est sûre, les dalles de pierres formant le toit de cette grotte sont longues de 2 à 3 metres .

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Une autre légende sur Les Ahl El Ksar

 A l’époque des Ottomans, du côté de Kherrata, il y avait une jeunne fille belle qu’un notable turc voulait épouser de force. voulant la cacher, sa famille a fuit vers Laksar de Bgayet. la fille et sa famille ont resté un moment là-bas; mais une fois découverts le turc les a suivi.
Alors, c’est à ce moment-là, qu’ils ont fui une deuxième fois, et ils sont installés dans les montagnes situées au sud de Djurdjura, d’où l’appelation de AHL EL-KSar c-a-d les gens venus de Laksar. Cette femme là s’appelait Mlawa. C’est pour cela que les deux collines situées au Sud Est de Laksar s’appelent LALLA MLAWA, en mémoire à cette femme. Et on dit qu’il y a des ruines la-bàs, aussi il fût un temps les habitants d’Ahl EL Ksar Faisait EL-Ouaada dans ces deux collines en sacrifiant des animaux.

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Lalla Malawa

Lalla Malawa dans Articles de Presse 47042140dscn1814-jpg

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La légende de la robe kabyle d’Ahl El Ksar

 L’ histoire et les raison de l’utilisation des couleurs noir et rouge dans la confection de la  robe kabyle d’Ahl El Ksar, se déroule dans le passé reculé, approximativement au moyen age. A cette époque il est dit qu’une princesse « lala Mlaoua », dont deux collines portent à ce jour le nom « les deux pics de lala Mlaoua », s’est suicidée à la suite du refus de son père de la marier à un prince « Mastenbal » afin d’exprimer à ce dernier son amour et sa passion.

 La légende dit, que pour désapprouver le refus de son père, cette princesse a fugué vers la montagne en compagnie de son homme préféré, où ils se son mariés et vécus quelques jours, avant qu’elle ne soit rattrapée par son père qui était fermement opposé à cette union.

Ce dernier voulait ramener sa fille à la maison afin de laver l’affront qui a été engendré par cette fugue. Se rendant compte d’avoir commis l’infâme et ne voulant pas quitter son prince, la dite princesse a mis fin à ses jours. Cet acte irréparable est allé ensuite susciter de la compassion et du chagrin auprès des habitants de la région.

La légende dit que, la reine Lala Mlaoua était modeste, compatissante et très proche de ses sujets, ce qui fait que sa disparition s’est transformée en deuil pour l’ensemble des habitants. Depuis, et pour manifester leur tristesse, les habitant se sont vêtu en noir, les femmes de la région ont porté cette couleur même à l’occasion des fêtes en guise d’hommage à la reine.

La légende de la robe kabyle d'Ahl El Ksar mini-22148127robe-jpg

 

 

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